Comment l’histoire a-t-elle débuté ?
L’expérience du Fonds féministe Doria est née d’une question qui traversait depuis longtemps les discussions entre féministes de la région : pourquoi les financements destinés aux mouvements féministes restent-ils si rares, en particulier dans notre région, et pourquoi arrivent-ils si souvent assortis de conditions qui ne correspondent ni aux réalités ni au rythme de leur travail ?
Il était clair que le problème ne tenait pas seulement au montant des ressources disponibles. Les mouvements féministes et queer de la région avaient besoin d’un mécanisme de financement qui comprenne réellement ce que signifie travailler dans des contextes de conflit, d’autoritarisme, d’occupation et de rétrécissement de l’espace civique, et qui mesure les risques auxquels font face les groupes tant enregistrés que non enregistrés.
En 2019, un groupe de militantes égyptiennes a lancé des consultations sur les dimensions politiques et pratiques liées à la création d’un fonds féministe régional indépendant. Ce faisant, elles se sont appuyées sur des études exploratoires, des recommandations antérieures et des évaluations en matière de sûreté et de sécurité. Toute cette phase s’articulait autour d’une question très concrète : comment faire parvenir les ressources aux mouvements sans mettre en danger les personnes et les groupes qu’elles sont censées servir ?
Après une série de rencontres, le Fonds féministe Doria est lancé de manière officielle le 8 mars 2021. Il porte le nom de Doria Shafik, écrivaine, journaliste et militante égyptienne qui a joué un rôle majeur dans le mouvement de libération des femmes en Égypte dans les années 1940 et 1950.
Dès le départ, l’enjeu n’était pas de créer une nouvelle structure qui se contenterait de distribuer les subventions, mais de bâtir une institution capable de faire circuler les ressources vers les mouvements, de faire confiance à leurs savoirs et de leur rendre des comptes, plutôt que de se placer au-dessus d’eux.




