Cinquième anniversaire

Cinq ans avec le Fonds féministe Doria

Combler le déficit en matière de financement et de confiance, et bâtir une institution issue de la région et à son service

Nous ne mesurons pas les cinq années écoulées uniquement à l’aune de ce que nous avons accompli, mais également à ce que nous avons constaté de près : les mouvements féministes de notre région ne manquent ni d’imagination, ni de savoirs, ni de capacité d’action. Ce qui leur manque, ce sont des ressources à la hauteur de leur réalité, et que leur vision du monde soit prise au sérieux.

C’est de là qu’est née la campagne de commémoration du cinquième anniversaire du Fonds féministe Doria, intitulée « À nous d’imaginer, à nous de bâtir ». Nous ne voulions pas nous contenter de dresser le bilan de nos chiffres et de nos réalisations. Nous voulions revenir aux questions qui accompagnent le Fonds depuis sa création : qui a le droit de définir les priorités ? Qu’appelons-nous « impact » ? Comment construire la confiance sans renoncer à la redevabilité ? Et comment accompagner les mouvements sans décider à leur place ?

Dans notre région, les mouvements féministes et queer ne partent pas de zéro. Derrière chaque espace sûr, chaque campagne, chaque réseau d’entraide, chaque recherche et chaque réponse d’urgence se trouve une longue mémoire de travail collectif. Ces mouvements portent des savoirs nés du terrain, de la peur, de la survie, mais aussi de tentatives qui ont trébuché avant de se relever et de recommencer.

Au Fonds féministe Doria, nous ne considérons pas l’imagination comme une fuite hors du réel, mais comme un outil pour le déconstruire et l’affronter. Dans l’imaginaire, nous nommons le possible avant que le monde ne nous autorise à le faire. Nous regardons ce qui nous manque non comme la preuve d’une incapacité, mais comme la carte de ce qu’il reste à construire. Au cours de ces cinq années, nous ne nous sommes pas contentées d’imaginer la survie : nous avons cherché à créer les conditions qui rendent la durabilité possible.

À travers cette campagne, nous avons aussi voulu redonner au financement sa dimension politique. Notre travail ne s’est jamais résumé à transférer de l’argent d’un bailleur à une organisation bénéficiaire. Il a toujours consisté à bâtir des partenariats fondés sur la confiance et sur le droit de décider.

Nous voulions également rappeler que l’impact ne se mesure pas uniquement au nombre de subventions accordées ou d’activités réalisées. Il commence parfois par une confiance qui s’est construite en silence, un espace qui est resté ouvert alors que tout s’arrêtait autour de lui, un savoir qui est parvenu à celles qui en avaient réellement besoin, ou une équipe qui a réussi à se protéger et à poursuivre son travail malgré tout.

La campagne nous a ainsi ramenées aux questions qui ont façonné le travail du Fonds féministe Doria pendant cinq ans : comment conjuguer confiance et redevabilité ? Comment bâtir une institution capable de protéger les ressources et d’assurer leur continuité sans se couper des mouvements qu’elle sert ? Et comment transformer le langage même du financement afin qu’il se base sur les savoirs et les réalités des mouvements, plutôt que sur des cadres conçus loin d’eux ?

Alors que la campagne de commémoration du cinquième anniversaire du Fonds féministe Doria tire à sa fin, celui-ci se prépare pour la suite. En août, il ouvrira un nouveau cycle de financement afin de continuer à soutenir les mouvements et collectifs féministes de la région, renforcer leur capacité à durer et à répondre aux crises, et leur permettre de bâtir ce qu’ils imaginent pour leur avenir et celui de leurs communautés.

Comment l’histoire a-t-elle débuté ?

L’expérience du Fonds féministe Doria est née d’une question qui traversait depuis longtemps les discussions entre féministes de la région : pourquoi les financements destinés aux mouvements féministes restent-ils si rares, en particulier dans notre région, et pourquoi arrivent-ils si souvent assortis de conditions qui ne correspondent ni aux réalités ni au rythme de leur travail ?

Il était clair que le problème ne tenait pas seulement au montant des ressources disponibles. Les mouvements féministes et queer de la région avaient besoin d’un mécanisme de financement qui comprenne réellement ce que signifie travailler dans des contextes de conflit, d’autoritarisme, d’occupation et de rétrécissement de l’espace civique, et qui mesure les risques auxquels font face les groupes tant enregistrés que non enregistrés.

En 2019, un groupe de militantes égyptiennes a lancé des consultations sur les dimensions politiques et pratiques liées à la création d’un fonds féministe régional indépendant. Ce faisant, elles se sont appuyées sur des études exploratoires, des recommandations antérieures et des évaluations en matière de sûreté et de sécurité. Toute cette phase s’articulait autour d’une question très concrète : comment faire parvenir les ressources aux mouvements sans mettre en danger les personnes et les groupes qu’elles sont censées servir ?

Après une série de rencontres, le Fonds féministe Doria est lancé de manière officielle le 8 mars 2021. Il porte le nom de Doria Shafik, écrivaine, journaliste et militante égyptienne qui a joué un rôle majeur dans le mouvement de libération des femmes en Égypte dans les années 1940 et 1950.

Dès le départ, l’enjeu n’était pas de créer une nouvelle structure qui se contenterait de distribuer les subventions, mais de bâtir une institution capable de faire circuler les ressources vers les mouvements, de faire confiance à leurs savoirs et de leur rendre des comptes, plutôt que de se placer au-dessus d’eux.

Devenir une institution

Pendant de longues années, une grande partie du travail féministe dans la région a reposé sur les épaules d’individus travaillant avec peu de moyens, au sein de structures provisoires susceptibles de vaciller à chaque crise, départ ou interruption de financement. L’institutionnalisation du Fonds féministe Doria n’a donc pas constitué un passage de l’esprit du mouvement féministe à une logique de gestion. Elle visait au contraire à empêcher que cet esprit reste dépendant de quelques personnes ou de circonstances passagères.

Être une institution ne signifie pas, pour le Fonds féministe Doria, devenir un intermédiaire qui transforme les exigences des bailleurs en instructions destinées aux mouvements. Une institution est une structure qui assume la responsabilité de gérer, protéger et faire circuler les ressources, et qui met en place des systèmes capables d’assurer la continuité du travail, tout en restant redevable envers les mouvements qu’elle a été créée pour servir.

Dans une institution, les responsabilités sont partagées au sein d’une équipe plutôt que portées par une seule personne. La capacité à décider demeure même lorsque les preneuses et les preneurs de décisions changent. Des mécanismes clairs permettent également de revenir sur les erreurs, de protéger les personnes et les informations, et de traiter les plaintes et les tensions au lieu de céder à l’improvisation.

Ce chemin n’a pas été simple. Au cours de ses premières années, le Fonds féministe Doria a été confronté à des questions difficiles de gouvernance, de redevabilité et de confiance. Il a dû revoir sa structure, élaborer des politiques de protection, renforcer son conseil d’administration, intégrer la justice réparatrice et le soin dans ses systèmes, et échafauder des mécanismes plus participatifs pour l’octroi des financements et la prise de décision.

Cinq ans plus tard, le Fonds féministe Doria gère ses ressources selon des normes financières claires. Mais il refuse que cette rigueur crée une distance avec les mouvements. Tout l’enjeu consiste à remplir les deux exigences suivantes : être une institution capable de protéger les ressources et d’assurer la continuité, tout en restant proche de celles qui travaillent au cœur des crises. Nous coconstruisons les priorités avec nos partenaires et leur laissons la latitude de déterminer ce dont leurs projets et leurs communautés ont besoin, en particulier lorsque les crises imposent des décisions difficiles à prévoir.

C’est bien là tout le sens de l’institutionnalisation : faire en sorte que les mouvements féministes et queer ne soient pas livrés à eux-mêmes lorsque les crises s’intensifient, et que les compteurs ne soient pas remis à zéro lorsqu’une personne s’en va ou qu’un financement s’achève.

ZAHA 2025–2030

Les cinq prochaines années

Le Fonds féministe Doria ne considère pas les cinq années à venir comme le prolongement inévitable de celles qui viennent de s’écouler. La région change, les crises se superposent, les financements s’amenuisent, tandis que le besoin pour le travail des mouvements féministes et queer ne cesse de grandir.

C’est dans ce contexte qu’est née la vision « ZAHA 2025–2030 ». Cette vision trace les priorités de la prochaine étape : renforcer les mouvements et les écosystèmes qui les soutiennent ; mieux se préparer aux crises, y répondre et s’en relever ; produire des récits et des savoirs ancrés dans les réalités de la région ; placer le soin collectif, la sûreté et la sécurité au cœur du travail ; et transformer la manière dont circulent les ressources.

Alors que la campagne de commémoration du cinquième anniversaire s’achève, le Fonds féministe Doria se prépare à ouvrir un nouveau cycle de financement en août. Une nouvelle étape dans un parcours qui n’est pas parti de rien et qui ne se contente pas de gérer ce qui semble possible, mais continue de s’interroger : pourquoi les ressources disponibles sont-elles devenues si rares et si limitées ? Et que pourrions-nous bâtir si elles parvenaient à celles qui connaissent le terrain et y conduisent le changement ?

En savoir plus sur Zaha

En sa qualité de présidente du conseil d’administration, Lina Abou Habib revient sur les bouleversements que connaît le financement féministe et sur l’équilibre délicat entre confiance et redevabilité. Elle s’interroge aussi sur ce que le Fonds féministe Doria peut apporter au-delà des financements qu’il accorde.

Entretien

« Fière du rôle puissant du Fonds féministe Doria dans des circonstances extrêmement difficiles »

Lina Abou Habib

Présidente du conseil d’administration, et Directrice de l’Asfari Institute for Civil Society and Citizenship à l’Université américaine de Beyrouth

Lina Abou Habib
  1. Quel vide le Fonds féministe Doria a-t-il réussi à combler dans le paysage régional du financement au cours des cinq dernières années ?

    Le Fonds féministe Doria est arrivé à un moment où la région d’Asie occidentale et d’Afrique du Nord, dans toute sa diversité, ne faisait l’objet d’aucune attention particulière tenant compte de la multiplicité de ses réalités : une région déchirée par les conflits, confrontée à différentes formes d’autoritarisme et à l’occupation, et où diverses minorités — ethniques, sexuelles, géographiques et autres — subissent violences, oppression et discriminations.

    Les cinq premières années d’existence du Fonds féministe Doria nous ont permis d’identifier, de soutenir et d’accompagner dans la durée de remarquables groupes émergents de militantes et militants féministes progressistes, dont beaucoup recevaient un financement pour la première fois.

  2. D’après votre expérience, quelles tensions ou quels choix difficiles surgissent lorsqu’on finance réellement les mouvements de manière souple et fondée sur la confiance ?

    C’est une question essentielle : comment trouver le meilleur équilibre entre, d’une part, un financement souple et fondé sur la confiance, et de l’autre, la redevabilité et la transparence ?

    L’expérience de ces cinq dernières années nous a montré qu’il s’agit encore, dans une large mesure, d’un chemin peu balisé, et je pense que nous avons énormément appris. Bâtir des relations de confiance est un processus long, qui se fait par étapes et exige des deux côtés bonne foi, confiance mutuelle et transparence.

    J’entends régulièrement les organisations que nous finançons dire combien elles apprécient leurs relations avec les membres de l’équipe du Fonds féministe Doria et combien elles trouvent les espaces proposés différents, stimulants et sûrs. Des tensions surgissent forcément. Il faut aussi accepter que certaines relations ne soient pas faites pour durer, et ce n’est pas grave. Mais, en cinq ans, j’ai vu bien davantage de liens se développer que de tensions.

  3. Qu’est-ce qui a le plus changé dans l’environnement auquel sont confrontés les mouvements féministes depuis la création du Fonds féministe Doria ?

    L’écosystème du financement a complètement changé, mais pas nécessairement pour le mieux. Des ressources ont été redirigées vers des agendas conservateurs dangereux, voire fatals, tandis que des mouvements anti-droits, étatiques comme non étatiques, ont pris une place dominante dans le débat public et continuent d’intimider et de harceler les mouvements féministes intersectionnels et progressistes.

    L’impact sur les mouvements féministes est profondément préoccupant, et nous n’avons pas encore vu toute l’ampleur de ses répercussions. Nous traversons les pires moments de notre histoire, et je suis fière de voir le Fonds féministe Doria jouer un rôle aussi puissant dans des circonstances aussi éprouvantes.

  4. À quoi ressemblerait une véritable durabilité pour le Fonds féministe Doria au cours des cinq prochaines années ?

    La stabilité financière est indispensable à la continuité, mais aussi à notre capacité à continuer à véhiculer les ressources vers les mouvements féministes de la région. Ce n’est pourtant qu’une dimension de la durabilité.

    Les autres dimensions consistent notamment à maintenir un écosystème de production de savoirs féministes largement diffusés et réellement mobilisés, tout en restant étroitement connectées aux mouvements et attentives aux façons dont ils évoluent, ainsi qu’aux raisons de ces évolutions.

  5. Qu’espérez-vous voir le Fonds féministe Doria influencer au-delà des subventions qu’il accorde ?

    J’espère que le Fonds féministe Doria pourra agir sur les dynamiques au sein des mouvements féministes de la région, favoriser les rapprochements et les actions communes, et contribuer à faire de la perspective et de la pensée féministes une composante naturelle de l’espace public, au-delà du mouvement lui-même.

Zeina Abdel Khalik revient sur le pari qui a donné naissance au Fonds féministe Doria il y a cinq ans et sur ce qu’il a fallu pour transformer cette idée en institution solide. Elle parle de la confiance comme d’une pratique politique et de l’avenir que la vision « ZAHA 2025–2030 » cherche à construire.

Entretien

« Nous sommes ici, solidement enracinées, et nous entendons bien y rester »

Zeina Abdel Khalik

Directrice exécutive du Fonds féministe Doria

Zeina Abdel Khalik
  1. Lorsque vous repensez aux cinq premières années du Fonds féministe Doria, de quoi êtes-vous la plus fière ?

    Il y a cinq ans, le Fonds féministe Doria était une idée audacieuse, un véritable saut dans l’inconnu porté par une conviction ferme : les mouvements féministes de la région d’Asie occidentale et d’Afrique du Nord méritent beaucoup mieux.

    Aujourd’hui, le Fonds féministe Doria est devenu un espace de confiance, solide et résilient, qui met les ressources au service des mouvements et a déjà acheminé plus de 4,3 millions de dollars directement vers des militantes et militants de première ligne dans toute la région.

    Mais au-delà des chiffres, ce qui me rend immensément fière, c’est d’avoir bousculé le statu quo philanthropique. Le message du Fonds féministe Doria est clair et impossible à ignorer : nous sommes ici, solidement enracinées, et nous entendons bien y rester.

  2. Le Fonds féministe Doria parle souvent de confiance. À quoi ressemble concrètement cette confiance entre un fonds et les mouvements qu’il soutient ?

    Pour nous, la confiance n’est pas un mot à la mode. C’est une pratique politique quotidienne. Nous partons d’une vérité simple : les mouvements sont les mieux placés pour connaître leurs propres vies et leurs réalités.

    Notre rôle n’est pas de leur faire la morale, de gérer à leur place ou de leur imposer des conditions. Notre rôle consiste à aplanir les obstacles et à rendre accessibles, simplement, des ressources souples qui leur permettent d’agir. Faire confiance signifie rendre le pouvoir là où il doit se trouver, soutenir les militantes et militants sans leur imposer de conditions et créer l’espace nécessaire à notre libération collective.

  3. Quelles idées reçues sur la philanthropie ou le financement avez-vous dû désapprendre au cours de ces cinq années ?

    J’ai dû renoncer au mythe selon lequel la philanthropie serait sûre, prévisible ou ordonnée. Dans une région marquée par une instabilité profonde, la certitude devient une illusion.

    La véritable force réside dans l’agilité, soit la capacité à s’adapter et à changer de cap en temps réel pendant les crises, sans céder un iota de nos valeurs féministes fondamentales.

    Mettre les ressources au service des mouvements ne consiste pas à suivre des schémas administratifs rigides. Cela exige une grande capacité d’adaptation, de la rapidité et un engagement absolu envers les militantes et militants de première ligne.

  4. Avec le recul, y a-t-il une décision qui semblait risquée sur le moment mais qui s’est finalement avérée être la bonne ?

    Oui, il s’agit du choix de financer directement des groupes informels et non enregistrés travaillant en première ligne dans des contextes de crise aiguë comme le Soudan, la Palestine, le Liban et la Syrie.

    Les espaces traditionnels de financement qualifient souvent ces groupes de « trop risqués » ou de « trop difficiles ». Remettre en cause ces règles bureaucratiques pour créer des mécanismes de financement féministes souples et capables de répondre aux urgences représentait un risque considérable au regard des normes établies.

    Pourtant, cela s’est avéré être notre meilleure décision. Ce sont précisément ces groupes qui constituent le socle de la survie, de la résilience et de la résistance des communautés lorsque les systèmes formels s’effondrent.

  5. Pourquoi l’imagination est-elle une pratique politique et féministe ? Et qu’est-ce qui pourrait devenir possible au cours des cinq prochaines années ?

    L’oppression prospère lorsqu’elle prive les communautés de leur capacité à rêver au-delà de la survie immédiate. L’imagination est donc un acte féministe radical, parce qu’elle nous rend le droit de dessiner le monde que nous méritons réellement. L’imagination nous donne le droit de rêver sans demander la permission à quiconque, et la construction nous donne la capacité de transformer ces rêves en réalité.

    Aujourd’hui, assurer la continuité des mouvements face à des crises qui se superposent et à un espace civique qui se rétrécit pèse lourd. Mais à travers notre vision « ZAHA 2025–2030 », ce qui paraît difficile aujourd’hui peut devenir la réalité de demain : un écosystème féministe interconnecté et résilient en Asie occidentale et en Afrique du Nord, soutenu par des ressources souples et à long terme, où l’on avance ensemble vers un avenir féministe fondé sur la justice, la liberté et la joie.

Quand les ressources parviennent à celles qui connaissent le terrain

L’impact du travail féministe ne se traduit pas toujours par des chiffres ou des résultats rapides faciles à intégrer dans un rapport. Il commence parfois par un espace sûr où parler, un savoir qui permet à une femme de mieux se protéger, une compétence qui ouvre une possibilité de revenu, ou le sentiment que sa voix compte et qu’elle peut réellement changer quelque chose.

Voici des témoignages de personnes ayant participé aux actions menées par les organisations partenaires du Fonds féministe Doria.

Liban

  • Ces séances ont été comme une thérapie pour nous. Pour la première fois, nous avons pu parler librement de ce que nous avions vécu pendant la guerre.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireLiban
  • J’ai appris à m’asseoir avec mes enfants, à les écouter et à leur consacrer davantage de temps. J’ai aussi appris à prendre du temps pour moi et à reconnaître ma propre valeur.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireLiban
  • Avant ce projet, je ne connaissais que les bases de la couture. Aujourd’hui, je peux fabriquer des produits, les vendre et contribuer aux revenus de ma famille.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireLiban

Syrie

  • Pour la première fois, j’ai eu le sentiment que notre voix comptait et que nous pouvions vraiment changer quelque chose dans notre quartier, et pas seulement en parler.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireSyrie
  • Cet atelier est une étape vers la réduction des lacunes dans la conscience politique des femmes. Nous devons élaborer des plans efficaces pour permettre aux femmes d’accéder aux espaces de décision.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireSyrie
  • Le problème vient aussi du fait que les femmes ignorent ce qu’elles vivent pendant les conflits et qu’elles ne connaissent pas leurs droits.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireSyrie

Soudan

  • Ce programme est important, notamment parce qu’il donne aux femmes des outils pour se protéger de la violence, analyser leur réalité à travers une perspective de genre et mener des recherches pratiques et qualitatives sur de nombreuses questions qui préoccupent la société soudanaise.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireSoudan
  • Ce programme est une véritable occasion pour chaque femme et chaque fille de connaître son droit à une expression sûre et de se protéger contre les différentes formes de violence numérique.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireSoudan

Tunisie

  • Pour la première fois, j’ai eu le sentiment que mes idées comptaient et que je pouvais parler devant les autres sans avoir peur.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireTunisie

Maroc

  • Auparavant, ces sujets étaient enveloppés de secret et de honte. Aujourd’hui, nous disposons d’un manuel qui contient les mots et les faits. Je m’en suis servie pour expliquer certaines choses à ma petite sœur. Ce savoir ne ressemble plus à un fardeau, mais c’est une force que nous pouvons partager.

    Une bénéficiaire d’une action menée par une organisation partenaireMaroc

Ces témoignages ne résument pas à eux seuls l’impact de ce travail. Ils montrent toutefois ce que les ressources peuvent rendre possible lorsqu’elles parviennent aux mouvements qui connaissent leur propre réalité : un espace pour parler, des outils pour se protéger, des savoirs qui circulent et une plus grande capacité à agir et à aller de l’avant.

Derrière les subventions et les stratégies

L’équipe du Fonds féministe Doria construit au quotidien des relations fondées sur l’écoute, la confiance et l’accompagnement. Dans ces entretiens, ses membres reviennent sur les expériences qui les ont transformées et sur ce qu’elles ont appris des mouvements féministes à travers la région.

  • Alia

    Maroc

    Quel est votre rôle au Fonds féministe Doria, et comment avez-vous contribué à son travail au cours des cinq dernières années ?

    Je suis chargée de programme et j’accompagne des organisations féministes dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Mon rôle consiste à soutenir ces organisations tout au long de leur parcours, mais aussi à écouter, à apprendre et à nouer des relations fondées sur la confiance.

    J’espère avoir contribué à créer un espace où les organisations sentent qu’elles ne sont pas simplement bénéficiaires de financements, mais qu’elles sont des partenaires à part entière dans le travail.

    De quelle réalisation, de quel projet ou de quel moment êtes-vous la plus fière ?

    Ce dont je suis la plus fière, ce n’est pas d’un projet en particulier, mais des personnes que j’ai eu le privilège de rencontrer. En tant que Marocaine, je n’aurais jamais imaginé que mon travail me mènerait dans un parcours aussi riche à travers la région.

    J’ai appris auprès de femmes travaillant sur la santé et les droits sexuels et reproductifs, les violences fondées sur le genre, la justice climatique, l’art communautaire, les coopératives de couture, la recherche féministe et bien d’autres sujets encore.

    À première vue, ces causes peuvent sembler éloignées les unes des autres. Mais ensemble, elles dessinent une image plus large de la force des femmes et de leur capacité à induire le changement. Chaque organisation porte une pièce différente de cette image, et chaque rencontre a élargi ma compréhension du féminisme, de la solidarité et de ce que le travail collectif peut rendre possible.

    Qu’espérez-vous voir le Fonds féministe Doria accomplir ou influencer au cours des cinq prochaines années ?

    J’espère que le Fonds féministe Doria continuera à croire dans les organisations féministes bien avant que le reste du monde ne les remarque.

    J’espère aussi qu’il continuera à créer des liens au-delà des frontières, car lorsqu’une organisation s’épanouit, elle devient une source d’inspiration pour beaucoup d’autres. Et ensemble, elles peuvent créer quelque chose de bien plus puissant que ce que chacune d’entre nous pourrait accomplir seule.

  • Sara

    Liban

    Quel est votre rôle au Fonds féministe Doria, et comment avez-vous contribué à son travail au cours des cinq dernières années ?

    En tant que coordinatrice des réseaux sociaux, j’ai contribué à mieux faire connaître la mission du Fonds féministe Doria en créant des contenus numériques engageants, en développant sa présence en ligne et en partageant les histoires et l’impact de ses partenaires bénéficiaires de financements à travers la région.

    De quelle réalisation, de quel projet ou de quel moment êtes-vous la plus fière ?

    Je suis surtout fière d’avoir contribué à rendre le travail du Fonds féministe Doria plus visible, en créant des campagnes qui ont touché des publics plus larges et montré la force, la résilience et l’impact des mouvements féministes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

    Qu’espérez-vous voir le Fonds féministe Doria accomplir ou influencer au cours des cinq prochaines années ?

    J’espère que le Fonds féministe Doria continuera à élargir sa portée, à soutenir davantage d’initiatives féministes et à favoriser des changements durables en renforçant les mouvements féministes et en donnant davantage d’écho à la diversité des voix dans toute la région.

Lectures utiles pour comprendre le financement des mouvements féministes

Où vont réellement les ressources allouées à l’égalité de genre ? Et quelle part parvient effectivement aux organisations et aux mouvements féministes ? Ces publications permettent de mieux comprendre l’ampleur des financements disponibles, les circuits par lesquels ils transitent et les obstacles qui empêchent encore les ressources d’atteindre directement les mouvements locaux.

  1. Development Finance for Gender Equality 2024

    OCDE

    Le rapport de l’OCDE analyse les financements internationaux du développement consacrés à l’égalité de genre. Il constate que les financements spécifiquement destinés à renforcer l’efficacité, l’influence et la durabilité des organisations de défense des droits des femmes sont restés durablement en dessous de 1 pour cent de l’ensemble de l’aide publique au développement dédiée à l’égalité de genre, soit environ 0,5 milliard de dollars par an.

    Le rapport insiste sur l’importance des financements directs, souples et pluriannuels afin de renforcer l’autonomie et la durabilité de ces organisations.

    Les organisations de défense des droits des femmes et les mouvements féministes sont des acteurs essentiels pour parvenir à un changement transformateur et durable en faveur de l’égalité de genre.

    Lire le rapport
  2. Unravelling the Gap Between Global Commitments and Funding for Women’s Organizations in Conflict-Affected Contexts

    ONU Femmes

    Ce rapport d’ONU Femmes se penche sur les financements qui parviennent aux organisations de femmes dans les contextes fragiles et touchés par les conflits. En 2022 et 2023, ces organisations n’ont reçu que 0,4 pour cent de l’aide bilatérale destinée à ces contextes, soit environ 186 millions de dollars par an.

    Il montre également que le problème ne tient pas seulement à la faiblesse des ressources. En effet, une part importante continue de transiter par des organisations internationales et des intermédiaires plutôt que de parvenir directement aux organisations locales.

    Dans les contextes fragiles et touchés par les conflits, l’aide publique au développement destinée aux organisations de femmes n’a jamais dépassé 0,4 pour cent de l’aide bilatérale au cours de la dernière décennie.

    Lire le rapport
  3. Where Is the Money? An Evidence-Driven Call to Resource Feminist Organizing

    AWID

    La recherche d’AWID s’appuie sur les données de 1 174 organisations et mouvements dans 128 pays. En 2023, leur budget annuel médian ne dépassait pas 22 000 dollars. Cinquante-huit pour cent fonctionnaient avec moins de 30 000 dollars par an, dont 14 pour cent sans aucun budget.

    L’étude offre une perspective issue des mouvements eux-mêmes et montre comment la répartition des financements reproduit les inégalités entre les régions, entre les organisations enregistrées et non enregistrées, ainsi qu’entre les groupes locaux et les institutions de plus grande taille.

    Nos résultats ne montrent aucune véritable croissance des budgets annuels depuis plus d’une décennie, ce qui révèle la persistance d’un plafond de verre budgétaire que les organisations peinent à briser.

    Lire le rapport
  4. The Quiet Crisis Hitting Feminist Movements — and How Women’s and Feminist Funds Are Rising to Meet It

    Prospera International Network of Women’s Funds

    Cette publication de Prospera analyse les effets des réductions de financement sur les fonds et les mouvements féministes. Elle estime à environ 676 millions de dollars le montant des pertes. Soixante-dix-huit pour cent des fonds membres du réseau déclarent en avoir déjà subi les conséquences, avec 65,3 millions de dollars de pertes confirmées.

    Elle rappelle également que le rôle des fonds féministes ne se limite pas à transférer des ressources. Ces derniers assurent notamment des financements de base et souples à des mouvements qui accèdent difficilement aux grands bailleurs internationaux.

    Les fonds pour les femmes et les fonds féministes constituent l’épine dorsale financière des mouvements féministes.

    Lire le rapport